Brigadier Alphonse Raemackers

 
 
 

A. Raemakers, Brigadier au poste d’Observation NV5, à Bombaye

 

 

 

L’an mil neuf cent quarante-sept, le 2 mai, la Commission militaire spéciale a procédé à l’information en cause de la Défense du Fort de Neuchâteau en 1940.

Interrogatoire du Brigadier Alphonse Raemakers,

Dlié à Maison Blanche à Mouland :

Qu: « Quelles étaient vos fonctions au Fort en 40 ? »

R: « J’étais à l’Abri NV5 près de Bombaye ».

SI: « Effectif: 1 MDL (RAPPE), 1 Brig et 3 soldats.

         Armement: 2 FM, 1 pistolet GP.

         Pas de tranchée, pas d’emplacement de FM prévu au dehors.

         1 trou lance-grenades défendant la porte d’entrée et dans la face avant

         (près de l’ancienne embrasure de Mi.).

         Reliement téléphonique souterrain avec le Fort par l’intermédiaire de

         boîtes de connexion. »

Qu: « Racontez-nous ce qui s’est passé à votre poste. »

R: « Vers 4 heures, nous avons vu passer beaucoup d’avions se dirigeant vers Eben. Nous les avons vu tourner vers 4h30 au-dessus d’Eben et puis piquer et puis nous avons vu des explosions sur Eben. Nous avons tiré sur des avions passant à proximité.

 Vers midi, 2 hommes du Poste d’Observation de Fouron-St-Martin sont venus à l’abri et nous ont dit que les Allemands les avaient attaqués, tué le Brigadier Lescrenier et qu’ils avaient du se replier. Le Cdt du Fort prévenu téléphoniquement a ordonné à ces 2 hommes d’essayer de rejoindre l’Armée de Campagne.

Le 10 dans la soirée, le Fort a règlé le tir de son mortier Ouest sur nous.

Le 11 vers 7h15, des Mi ennemies tirent sur nous pour la 1ère fois. Ce fait se renouvelle plusieurs fois à partir de 11 heures.

Nous avons signalé de nombreux objectifs au cours de cette journée, notamment une batterie en action entre Berneau et la Station de Warsage immédiatement au nord du chemin de fer (Nous avons règlé le tir sur cette batterie, ce tir a été réussi), sur de nombreux camions isolés sur la route Aix-la-Chapelle – Visé, sur de nombreux petits groupes passant dans la campagne au nord de l’abri, un groupe d’Allemands allant de Warsage à Bombaye à travers champs et se rassemblant dans un hangar à paille près de Bombaye (le Mortier de 81 a tiré).

Vers 13h30, nous avons signalé l’attaque de NV2.

À un moment donné, nous évitions de tirer sur le spetits groupes (2 à 3 hommes) afin de pouvoir continuer notre mission d’observation.

Nous avons aussi signalé des groupes s’approchant du Fort avec de petits canons qui se plaçaient derrière les talus pour le Fort.

Nous avons été attaqués plusieurs fois dans l’après-midi par des groupes qui essayaient d’approcher de l’abri, mais que notre feu tenait à distance. L’ennemi est venu souvent près de l’abri inoccupé situé à environ 150 mètres du nôtre.

Le tir du Mortier a toujours ramené le calme.

Vers 20h30, nous avons signalé notre situation au Cdt du Fort. Celui-ci nous a répondu que nous ne saurions plus rien faire là et que nous pouvions essayer de rejoindre l’Armée de Campagne.

Au cours de la nuit, nous avons essayé de sortir de l’abri mais l’ennemi nous en a empêché.

Le 12, très tôt le matin, nous avons arboré un drapeau blanc, mais l’ennemi n’a pas bougé. Nous avons signalé une batterie en action vers Fouron.

Vers 9h20, l’ennemi s’est approché de l’abri. Le Fort qui voyait l’abri a tiré d’initiative à 9h24. Je ne me souviens pas de ce que l’abri a demandé de ne plus tirer, le drapeau blanc étant hissé.

Dans la matinée, notre communication avec le Fort a été coupée et n’a pas été rétablie dans la suite.

Nous avons essayé de sortir de l’abri, mais le tir de Mi. nous en a empêché.

Le 13: Nous apercevons des mouvements ennemis sur la route Mortroux-Warsage et quelques mouvements peu importants un peu partout. Nous ne tirons pas.

Le 14: Presque plus de mouvements. Des tuiles sont enlevées sur un toit à Bombaye, probablement un observatoire. Nous essayons en vain de téléphoner au Fort.

Le 15: Journée calme, nous sommes dans l’obscurité, nos lampes Coleman étant brûlées.

Le 16: Vers 9h, 4 Allemands marchent vers l’abri. Nous ne tirons pas, le drapeau blanc étant toujours hissé.

Nous ouvrons les hublots et nous nous montrons. Les Allemands se couchent puis comme nous ne tirons pas, ils s’avancent prudemment et nous font signe de sortir.

Nous sommes sortis et nous avons été conduits au Château Thys à Dalhem.

Depuis le 12, nous n’avons plus eu aucune communication téléphonique avec le Fort.

Le 16: J’ai été désigné pour accompagner un Colonel allemand au Fort de Neufchâteau.

Nous sommes partis de Dalhem en auto jusqu’Aubin. À Aubin, 2 civils avec des Allemands nous attendaient.

Les civils avaient peur et on les a forcés à nous accompagner.

J’ai du marcher devant, suivi de près par le Colonel. Nous sommes allés à la barrière du Bloc P.

Au Bloc P, un hublot s’est ouvert et un FM est apparu: j’ai crié de ne pas tirer et que l’Allemand voulait parler au Cdt.

Le Docteur Maréchal est venu; on avait un peu avant crié que les civils devaient partir, ce qu’ils ont fait.

Le Dr Maréchal a mis un bandeau au Colonel allemand qui est entré seul dans le Bloc P.

Un quart d’heure après, il est sorti et nous sommes repartis.

Le Colonel m’a dit que le Commandant ne voulait pas se rendre. »

Qu:  « N’avez-vous plus rien à ajouter ? »

R: « Non. »

Après lecture, persiste et signe avec nous.

Colonel Drion                                                                 Alphonse Raemakers 

 

Le Brigadier A. Ramaekers et les Allemands redescendent du Bloc P le 16 mai vers 13h30 : la demande de reddition a été rejetée par le Cdt D’Ardenne !  

 

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