«

»

Mai 21

Imprimer ceci Article

21 Mai 1940 « la Fin »

MARDI 21 MAI 1940.

00H00 Bloc 3 signale canonnade importante du bloc, fortes secousses.
100 coups de BM sur chaque front

Le Lt. Luyssen occupe le bloc avec 5 volontaires, il déclare :
Bloc sérieusement pilonné pendant assez longtemps.

00H20 C3 signale bruit de chaînes sur le bloc autour du phare, 25 coups de BM en protection.
C1, B1 et C3 bombardés.
25 coups de protection de BM sur bloc P.
Passage d’avions et projecteurs en action.
Tentatives de réparation des coupoles, surtout B2 qui est calée.

01H05 Bombardement intense des coupoles.

05H00 Tir d’obus traçant vers échappement salle des machines.
Un 37 mm Pak tire des tétraèdres sur bloc 1.
Tir sur B3 venant d’au delà de C1.

Lt. Luyssen raconte :
Cloche NE soumise à un feu de 37 pak venant des abords de la fausse coupole.

Tir de 25 coups de BM vers fausse coupole sur fantassins ennemis.

05H15 Déplacement vers ruines baraquements du groupe ennemi venant de la fausse coupole.
Ennemi neutralisé par 10 coups de BM.
C1 n’est plus bombardé.
Demande à Battice tir de protection sur glacis.

05H50 Fumigènes devant C1, tir fauchant des MI et tir de 5 coups de 47mm.
37mm Pak dans le fossé de la route des 3 cheminées, tir de 10 coups de 47mm par C3.
Demande situation de Battice (HJG), signale que son matériel est fatigué.

07H20 BM tire 25 coups fusant en protection du bloc O.
MI tirent en protection sur le bloc, présence de fantassins.

09H10 Bombardement intense du massif, BM étant bombardé ne peut préciser d’où partent les coups, ordre au personnel d’attendre fin du bombardement à l’étage intermédiaire.

09H25 Cloche mitrailleuse n° 3 de la B2 tire sur ennemis près de C2.
Grand trou d’obus devant C2, mur écroulé sur une vingtaine de mètres.
Même situation près de C1 face à la B1, entonnoir très large, mur écroulé sur une grande longueur.

10H20 B3 signale que ennemi procède à des travaux en arrière des 3 cheminées vers La Heydt,
Tir de 50 coups de B1.

10H31 Violent bombardement aérien, grosses bombes avec retard à l’éclatement de 19 à 25 secondes, une bombe non éclatée gît devant le C2, environ 60 cm de diamètre.
En dehors de Battice, plus personne ne nous répond.
Bombardement aérien s’intensifie, violentes secousses, projection de terre à très grande hauteur, fumées très noires.

11H05 Tentative d’assaut vers bloc P couverte par fumigènes.
Le 47mm du C3 tire à vue directe, 25 coups de protection du BM sur ennemis en face du mur de protection du P, sur le chemin menant à celui-ci.

11H30 Coupole B2 hors d’usage et irréparable, on prépare une mine inférieure (fourneaux à mines)
Une autre mine est placée dans la coupole avec munitions comme bourrage.

11H50 Cdt. fait sauter la coupole B2, la tourelle et les cloches étant inutilisables.
Demande d’assistance à Battice (tz. Inf.), suite à nouvel assaut, le tir de Battice est plus lent, semble épuisé, assaut cependant bloqué.

Lt. Luyssen raconte :
Battice exécute un tir sur le terre-plein (massif), les allemands quittent le terre-plein et descendent dans les fossés.
Craignant l’attaque du B3, je fais lancer des grenades par le lance grenades du FM et par le trou lance grenades du mur de face, également par l’embrasure de la MI.
Le calme est revenu. A partir de cet instant, j’ai fait lancer des grenades par intervalle au FM et à la MI.
Concernant la B2, cloche ouest a reçu un coup d’embrasure, la MI a été remplacée par FM.

Le Cdt relate que les cloches MI non recouvertes par la terre et les gravats ne peuvent-être utilisées tant l’effet du souffle des explosions est important, de plus doivent-être évacuées pour faire sauter les coupoles, une équipe de garde de deux hommes reste à chaque coupole après les destructions.

Témoignage du Cdt :
Lorsque la B2 a sauté, des poussières sont arrivées jusque la caserne.

12H10 Tir de harcèlement sur bois de Winnerotte sur rassemblement d’infanterie par BM et MI, minimum 100 coups, (OEA fu.i.CH.4), cadences irrégulières, battre à vue dans tout le bois.
Explosions sur le fort et attaque de B2.
Attaque de la porte d’entrée, 2 cadavres ennemis devant l’entrée.

12H15 Bloc P fortement bombardé, situation intenable dans les cloches, embrasures complètement démolies. Adjudant cloos reste de garde au FM de la rampe d’accès, des grenades sont lancées.
Forte fumée noire vers le P à proximité des cloches, la tête de prise d’air est démolie, l’explosion est ressentie dans tout le fort qui est ventilé par cette pièce (35000 m3/heure). Probablement miné.
Poussières et fumées de poudre aspirées par la ventilation, ennemi jette des explosifs par le dessus de la cheminée détruite par l’explosion, ces explosifs explosent au fond du bloc, le personnel stoppe la ventilation pour éviter de contaminer l’ouvrage.
Les cloches sont attaquées au lance-flamme et par l’artillerie, elles sont à l’état d’épaves et ne seront plus occupées. Idem pour BO.

Témoignage du Cdt. d’Ardenne :
Les prises d’air sont contrôlées en surface par l’ennemi qui y lancent des explosifs, toutes les cloches sont soumises aux tirs des 88 et des lance-flammes.
Le 47mm du C3 et les mortiers ripostent à l’attaque du P en couverture.
Il est à signaler que le capitaine Lannoy dîne avec son casque.

12H20 Bombardement du fort important par Stukas et artillerie.
Bloc O trop endommagé et inutilisable saute après évacuation.
Ordre de préparer la mine du BM et B1, démolition de tout ce qui n’est plus utile.

13H05 B1 tire fusant pour disperser infanterie sur glacis I et III, on voit mal, l’ennemi utilise des fumigènes.

13H10 Forte explosion sur bloc mortier, les embrasures sont remplies de pierrailles, empêchant l’utilisation des mortiers nord et sud.
Mines lancées dans embrasures des mortiers nord et sud qui aura tiré 5260 coups sur 6000 de dotation, 740 bombes restantes.
Il est à préciser que depuis le début les mortiers donnent mal sous 150 mètres.
Le mortier ouest tire sur le massif mais ses bombes explosent mal à cette courte distance.
Tir de 50 coups du mortier ouest.
Le canon de 47mm du C1 épuise ses munitions dans le fossé vers C3 qui est attaqué.
Demande aide de Battice (tz infanterie) sur front I et III.

13H40 Bloc mortier hors service, il ne reste presque plus de munitions, le
mortier ouest est épuisé, ses coups éclatent dans l’embrasure..
Mise à feu de la mine pour destruction du bloc.

13H41 Déclaration du Mdl. Idon, spécialiste du matériel :
Le Cdt. m’a ordonné de faire sauter le bloc, j’ai fait sauter les trois tubes en y plaçant des charges, j’ignore ce qui restait en munitions.
Note : pourquoi ne pas avoir remplacé le mortier W par le mortier N ou S dont les embrasures étaient comblées par les gravats.

Le brigadier Goffman spécialiste en matériel déclare :
Je pense que les mortiers sont restés en ordre jusqu’au bout, je n’ai jamais entendu parler de pierrailles obstruant les embrasures.
(Confirmé par Sdt. Defossé Louis, équipe réparation)
J’ai reçu l’ordre de porter les trois tubes de réserve dans la coupole 1 pour les faire sauter avec la coupole.

13H47 Coupole B1 calée, impossible de la faire bouger, semble un peu inclinée.

Témoignage de Defosse Louis, aidant à la réparation du matériel :
La coupole B1 n’a pas été sabordée à la reddition.

Lt Luyssen déclare :
La coupole B1 a tiré avec ses deux canons jusqu’au 21, à la reddition la coupole était un peu inclinée.
Les MI des cloches ont été remplacées par FM depuis le 11 mai, les sphères d’embrasures avaient été atteintes.

Les cloches sont soumises au bombardement qui les recouvre de terre et pierrailles, embrasures couvertes de terre suite au bombardement et mines lancées.
Seul le B3 et le C3 sont encore en état.

14H20 C1 est attaqué par lance flammes, se défend à la mitrailleuse et au FM,
Tire ses derniers obus fusant contre le mur de contre-escarpe pour les faire éclater par ricochet sur le massif, son canon de 47 doit cesser le feu, ne disposant plus que d’obus de rupture inutilisables contre l’infanterie.

Cratère devant C1 de 15 mètres de diamètre et 10 mètres de profondeur, une bombe non explosée gît devant le bloc, mur de contre-escarpe emporté sur 20 mètres.

14H25 B3 est attaqué par lance flammes.
Situation devient désespérée, Battice ne répond plus aux demandes d’aide, lui envoyons toutefois un télégramme d’adieu et de remerciement

14H32 Tir des MI du C3 et du C1 sur infanterie dans les fossés et sur les glacis, ennemi bien que serré de très près, tient bon.
Bloc P est bombardé en OR.
C3 épuise ses munitions sur bloc P et abords.
14H35 Témoignage brigadier Goffart spécialiste du matériel :
Coup d’embrasure au C3, obus rentre dans le tube tirant vers trois cheminées, pièce hors service, remplacée par FM.
Aucun incident ne s’est produit au canon tirant vers P, il restait encore quelques obus à la reddition.
Il me semble que des munitions du C1 ont été ramenées au C3.

14H40 B3 se défend à la grenade, une mine lancée fait bouger le pont de 50 cm.
Soldats ennemis tués face à l’entrée.
Réunion du conseil de défense (docteur Maréchal, Lt. Modave, Lt. Radoux, Adj. Idon)
Afin d’éviter une hécatombe inutile, le fort tiendra jusqu’à ce que l’entrée tombe.

Propos informels du Cdt ;
B3 attaqué par mines, la grille saute et le pont se déplace de 40 cm, le bloc est attaqué au lance-flammes.
Des fantassins tentent d’entrer et sont bloqués par le FM défendant l’entrée, les lances-grenades sont attaqués au lance-flammes, le chef du B3 est blessé au visage en ouvrant un volet de lance-grenades, il est évacué à l’infirmerie.
Forte explosion dans l’entrée, une demi-porte blindée du sas explose, l’ennemi n’est plus retenu que par le barrage de poutrelles (deuxième partie du sas était-elle en place ?).
Tir des FM, MI et grenades, des grenades d’autres blocs sont amenées au B3, l’escalier et l’ascenseur son minés.
Attaque de stukas à 13H30 et 15H00.

15H00 Le fort tient toujours, C1 peut encore tirer à la MI et au FM. Une des cloches du B3 peut encore tirer vers C1.
Destruction du réseau téléphonique.
Ordre de faire préparer les besaces aux hommes, 1 jeu de linge, vivres, cigarettes et chocolat à volonté.
Distribution de l’encaisse de la cantine.
C1 est miné mais la mine n’a pas fonctionné. (comment ce fait-il qu’il
soit détruit, les allemands ont pu le faire sauter pour tester l’explosif ?)
Mort de Denis à 15H20.

15H52 Explosion formidable dans l’entrée du B3, une porte d’entrée est arrachée.
Réunion du personnel à la caserne, Cdt félicite la garnison pour sa conduite.
Rappel de citations du roi, du Cdt III CA et des citations à l’ordre de l’armée.
Cdt. demande aux hommes de lui faire confiance, quand le moment sera venu il ira trouver l’ennemi afin de sauvegarder au maximum les intérêts
des hommes.
Ovation de la garnison.
Les destructions sont effectuées, le système de ventilation n’est pas
détruit pour assurer un air frais aux blessés, deux des moteurs sont
sabotés et tournent à l’émeri, après la reddition l’ennemi chargera le
personnel du fort de les remettre en état, trois de ces moteurs finiront sur
le mur de l’atlantique.
La radio et la centrale téléphonique sont détruits à la masse, les pistolets
sont jetés dans les citernes, les fusils sont déchargés, l’alcool détruit et
les documents brûlés dans les cheminées.

16H20 Grenades du B3 s’épuisent, l’ennemi a démoli le FM d’entrée qui est bloqué.

Lt. Luyssen raconte : A la reddition la cloche est et sud avaient leurs sphères d’embrasure bloquées.
La cloche nord tirait encore dans le fossé I-II.

16H45 Grenades du B3 sont épuisées, Cdt. se rend à un lance grenades et demande de parler à un officier.
Ennemi demande de placer un drapeau blanc afin de faire cesser le feu.
Drapeau blanc est hissé au sommet d’une cloche du B3.
Cdt est hissé dans les débris de l’entrée par adj. Idon, il est reçu de l’autre côté par un officier allemand qui lui tend la main.
En sortant le Cdt. fait une chute et tombe sur un cadavre, on le croit blessé.
Cdt. demande à être reçu par un officier qualifié pour traiter, l’officier allemand lui répond que le colonel Runge du 46° régiment va arriver,
c’est lui qui commande l’attaque et qui est à même de négocier.

Le Lt. Luyssen relate que la dernière grenade est lancée, l’ennemi
s’acharne toujours sur le bloc qui ne riposte plus à court de munitions.
Il était prévu que le drapeau blanc serait hissé au BP, vu la situation de
ce bloc, Radoux le porta au B3.

17H00 Arrivée du colonel Runge, c’est l’officier qui est venu deux fois en parlementaire.

Il se présente la main tendue au Cdt qui lui dit :
Monsieur le colonel, les moyens du fort sont presque épuisés, avant de poursuivre une lutte qui ne pourrait-être que désespérée,
puisque vous m’avez parlé deux fois d’humanité pour ma garnison,
je viens à vous pour vous demander si vous m’assurez la sépulture de mes tués, les soins à mes blessés, et un repos de 24 heures pour ma
garnison, repos bien mérité.
Dans ces conditions, je cesse le combat.

Réponse : Capitaine d’Ardenne, vos conditions sont toutes acceptées,
le général Korner, va arriver sur les lieux, il saura apprécier la conduite
de votre ouvrage.
Vous avez été un ennemi loyal et chevaleresque.
Que vos hommes se préparent à sortir, leur sortie se fera en armes, vous pourrez aussi les voir défiler une dernière fois.

17H30 Arrivée du Lt. Général Korner et de son état-major, nombreux officiers de toutes armes.
Le Cdt. accompagné du colonel Runge va saluer le Lt. Général Korner.
Ce dernier réclame l’épée du Cdt. qu’il faut faire prendre au bureau de tir.

17H45 Le général fait une vigoureuse harangue aux soldats allemands qui deviennent de plus en plus nombreux sur la contre escarpe.
Le discours se termine par un triple « Sieg-heil »
Il s’adresse ensuite au Cdt pour le féliciter de la défense de Neufchâteau et lui remet son épée pour qu’elle l’accompagne en captivité.
Nombreuses prises de photos et de films par les assaillants.
S’adressant au colonel Runge le général lui dit que les honneurs militaires seront rendus à la garnison du fort.

17H55 Deux haies d’honneur sont placées à la sortie du B3 et le défilé commence, la garnison monte ensuite par échelles la contre-escarpe, la
rampe d’accès étant minée, et déposent les armes près de C3.
Les hommes sont ensuite escortés vers Warsage pour le repos promis.
Par déférence pour eux, les soldats d’escorte remettent la baïonnette au fourreau.

Témoignage Lt. Luyssen :
Sortie de la garnison entre deux haies d’honneur avec cérémonie à laquelle assistent des allemands sur le mur de contre-escarpe.
Le fort sera cité à l’ordre du jour du IIICA et de l’armée.
La résistance du fort fut appréciée par l’ennemi, quand à nous, nous avons été émerveillés de l’intrépidité et du mordant des troupes d’assaut et des équipes de pionniers du 46° régiment de grenzwacht d’Aix-la chapelle.
Les blessés sortiront avec l’aumônier et le Dr. Delrez
.

18H30 Le Cdt. est conduit au château Thys où il arrive vers 18H30.

19H00 Départ vers Battice où le colonel qui ne connaît pas le français, emmène
le Cdt. et le capitaine Lannoy comme interprètes au fort de Battice.
Le capitaine Guéry connaît l’allemand, les officiers de Neufchâteau
n’ont pas à prendre la parole.
Le colonel propose une trêve jusqu’au lendemain 6H00 et demande la reddition pour cette heure.
Il viendra prendre la réponse avec les même officiers.
Le Cdt et le Cpt Lannoy passent la nuit au château Thys à Dalhem.
La garnison à entre-temps été rassemblée dans les granges de la ferme Moenerie à Warsage.

Lien Permanent pour cet article : http://fort-aubin-neufchateau.be/fr/2013/05/21-mai-1941-la-fin/