20 mai 1940 le duo béton acier tient le coup sous la tempête

LUNDI 20 MAI 1940.

00H02 Consommation totale à ce jour des 75 et 81 est de 10727 coups.
Tir de 25 boites à balles sur massif.
Tir d’interdiction sur Ellenooz de 50 coups de 75.

01H00 Tir en série des MI et 81, 3 X 10 coups.
Contrôle vigilence des PO.

02H00 Tir en série des MI et des mortiers, 3 X 5 coups.
Télégramme indéchiffrable de HSW.

02H25 Tir de 10 coups fusant en protection du massif, fusées rouges et phares vers 3 cheminées.
Cloche N du P signale 2 fusées blanches au loin de Canelle.

04H10 Demandons à HSW de répéter son télégramme non déchiffré.
Tir en série des MI et 81, 3 X 25 coups.

05H10 Témoignage du Lt. Luyssen, officier de tir.
Le Cdt. m’a envoyé au B3, on lui avait signalé que les allemands se trouvaient dans le bloc.
J’ai trouvé le personnel au pied de l’escalier, je suis monté après avoir éteint les lumières.
J’ai exploré complètement le B3, ne trouvant rien d’anormal j’ai téléphoné au Cdt. qui m’a dit de faire appel à des volontaires.
J’ai trouvé environs 5 volontaires dont le brigadier Kerff, l’occupation s’est faite comme suit :
Un soldat au FM d’entrée, le brigadier Kerff pour les 2 cloches sud, un autre à la cloche nord, deux en réserve au rez-de-chaussée du bloc.
Il est à remarquer que la MI battant la rampe d’accès était hors service et une embrasure réduite avait été faite à l’aide de madriers, tout est resté calme pour cette journée du 20 mai.

Témoignage de Schneider : première attaque du B3 :
Contrôle des MI et FM par Mdl Stas qui se rend ensuite au corps de garde et prend position au FM de défense de l’entrée tuant un allemand qui avait lancé des grenades vers l’embrasure, une grenade arrache la vis papillon du volet lance-grenades de la casemate.
Une flamme sort de la fenêtre d’éjection du FM qui est arraché de l’embrasure mais intact, de la fumée entre par le trou du lance-grenades et par celui du FM arraché de son embrasure, les munitions sont éparpillées dans le local, Schneider remet le FM en place et reprend le tir. Les MI d’embrasures du bloc et des cloches tirent sur les glacis et fossés.
Schneider se fait remplacer au FM et se dirige vers le local MI défendant la rampe d’accès pour remplacer le servant.
Il relate que tirant des rafales de 70 à 80 coups, il voit de la fumée blanche masquant son tir (fumigènes).
Il veut alors quitter le local MI pour se ravitailler en munitions au local de ravitaillement se situant à l’étage bas, c’est à cet endroit que les bandes sont rechargées.
Du local MI, il passe au local phare et se trouve dans le petit corridor, à cet instant une explosion se produit et il est projeté contre le mur.
Il se ravitaille en bandes chargées et revient à la MI qu’il trouve arrachée et inutilisable.
L’embrasure est détruite et doit-être réparée par un blindage percé d’un trou et de sacs de ciment, la MI est remplacée par un FM de galerie.
Il retourne ensuite vers le FM défendant le pont, en arrivant au niveau de l’escalier de l’ascenseur, une explosion retentit dans la tranchée du pont, des flammes de plus de un mètre sortent de la plaque permettant l’entrée pour la réparation du mécanisme du pont, il est renversé par le souffle mais arrive au FM où il prend position.
Rogister est blessé par un éclat de verre.

05H57 P signale parlementaires avec un père de Val Dieu comme otage.
Parlementaires font remettre par le père une lettre au Cdt qui refuse de la lire.
S’adresse aux officiers allemands en leur disant :
Je ne me rends pas, il est inutile d’insister sur ce sujet.
Pour la sécurité des parlementaires ordre est donné de ne pas tirer sur le P, ni dans la direction de Val Dieu sans l’ordre express du Cdt.
Messe de l’abbé Boulanger à l’endroit où Louys à été tué, rampe d’accès du bloc P.

Témoignage du Cdt. D’Ardenne :
Lors du départ des parlementaires, le Lt. Maréchal attend qu’ils aient tourné à l’angle de la ferme rosalie pour fermer la grille, la demi-heure d’armistice n’est pas respectée, tirs et bombardements reprennent.

06H48 C3 est bombardé ainsi que cloche SW du B3, pendant plus d’une heure..
Pièce ennemie repérée par cloche SW du B3, gisement 3340 à 35, droite de l’arête de la ferme se trouvant dans ce gisement.
Tir des 75 de 50 coups sur maison Simonon et environnantes.

06H55 Cloche N du bloc P signale une pièce qui tire de l’abri NV17, gisement 5100 d. 1900 au-delà de la route Mortroux-Warsage, autre pièce dans la même direction, gisement 5070, distance de 300 mètres.
Tir du BM de 50 coups sur chaque pièce.

07H10 Cloche N du bloc P est évacuée ainsi que les munitions et matériel.
Un obus de rupture à accroché un hublot, endommagé la lunette, le soldat Schmetz est tué et le soldat Wolf blessé. Bombardement continue très suivi.
B1 et B2 sont également bombardés avec violence.

07H20 Bombardement de plus en plus intense de tous les organes par obus de rupture.
Dispositions d’usage sous bombardement, coupoles restent éclipsées, munitions à descendre à étage inférieur.
Bloc P subit toujours bombardement très intense, malgré cela signale ennemis sur maison Delacroix et Simonon, battre le carrefour de 50 coups de 81mm.

07H45 Deux coups au but sur cloche du bloc P qui est détruite.
Cheminée du P est percée à sa base.
Ordre à BM de battre lisière d’Aubin vers emplacement des MICA, 50 coups.
Bloc O signale qu’il est violemment bombardé.

08H00 Deux blessés graves dans la cloche du Bloc O, Mdl. Martin pour la seconde fois et brigadier Van Coster.

Mdl. Martin Jean raconte : un obus a éclaté contre la cloche, je me suis retrouvé à l’hôpital de Maëstricht (blessure grave et profonde à la figure et paralysie du nerf radial du bras droit)
Le brigadier Van Coster qui se trouvait à l’étage bas de la cloche a été
blessé en même temps que moi.
D’après les dires de l’aumônier, la cloche n’aurait plus été occupée.

Témoignage informel du Cdt D’Ardenne :
Obus éclate à l’intérieur de la cheminée du bloc O, celle-ci est fortement
endommagée et menace de s’écrouler, l’observateur Martin se trouve
dans la cloche qui est touchée par un obus de rupture, le projectile détruit
l’embrasure et blesse sérieusement l’observateur, à peine celui-ci évacué,
la cloche reçoit un autre coup d’embrasure qui explose à l’intérieur.
Aumônier et Lt. Luyssen portent secours au blessé, Luyssen descend le
blessé, équipe de réserve se met en place, explosion dans cheminée du O
lors de l’évacuation des blessés.
L’aumônier a son casque arraché par un éclat d’obus en portant secours.

Ordre aux 75 de battre la zone autour de Notre Dame, abris 100/100, tir de 100 coups par B1 en vue directe.
Une batterie se prépare à l’Appelboom, ordre à la B2 de tirer immédiatement 50 coups.

08H20 Tir sur batterie au carrefour Moudrerie par BM et B2 (50 coups).
Batterie se déplace vers la gauche et est suivie par le tir.
Convention avec Battice : t z-inf. pour assistance en cas d’assaut.

08H50 Convention avec Battice : t z-inf. assistance en cas d’assaut.
Tir demandé à Battice contre batterie Appelboom.
Mortier W (ouest) est hors service, bombe coincée dans le tube.
Bloc O fortement endommagé, situation grave, tous les bâtiments sont sous bombardement.
Par prudence on entame certains barrages de poutrelles et on brûle le cryptographe VF.
Battice demande confirmation de la covalent d’assaut.

09H20 Les pièces bombardant C3 et B3 ont été touchées par notre tir, assistons au transport de blessés et tués, arrivée d’un tracteur d’artillerie vers la position de cette batterie, le fort tire sur ce tracteur.
C3 signale la fin du tir à obus de rupture contre ses cloches.

09H50 C3 n’est plus bombardé par le sud mais vient de recevoir un coup venant des trois cheminées, la lunette de tir est démolie.
Battice annonce son tit sur batterie d’Appelboom.

10H20 Coups de plein fouet dans embrasure cloche II de la B1, semble venir de la ferme Coolen.
Ordre à BM de neutraliser ferme Coolen et emplacement de la fosse. (50 coups).

10H25 Lueurs de départ venant de la ferme Goffman, tir de 50 bombes par BM.
Répétition du signal convenu en cas d’assaut à Battice.

10H45 C3 annonce qu’il n’est plus soumis au tir des obus de rupture et qu’il vient de tirer sur un char se déplaçant près de l’abri aux vaches.
Une batterie tire sur B1, les coups semblent venir de la ferme du bois.
Demande à Battice de battre zone centre en 250700-157080. (envoyé à 11H05).

11H00 La batterie de Hecheberg reprend le feu, BM répond avec 50 coups, la batterie se tait.
B1 n’étant plus soumis à bombardement reçoit ordre de tirer 50 coups sur la batterie de la ferme du bois et battre environs immédiats de 50 coups, la pièce se cale, faire éclipser immédiatement et vérifier par ajusteurs.

11H25 Tir de B1 reprend, coups au but observés, le tir est réparti sur les environs et bois, 25 coups supplémentaires.

12H00 Mdl. Dekkers du C3 signale observateur dans maison au toit rouge des 3 cheminées, tir de 10 coups de 75 OEA i sur cet objectif.
Bombardement de gros calibre, tout vibre.
C3 signale que l’on retire sur lui à OR.
P signale que l’on tire sur lui à cadence 5.
M fortement bombardé par gros calibre.

12H15 B3 bombardé, ordre de ne laisser que les guetteurs en place, le restant du personnel à l’étage inférieur prêt à intervenir, fermeture des portes blindées.
Explosions font vibrer bureau de tir.
Battice signale qu’il est fortement bombardé.
Observateur ennemi signalé dans 3° ferme du petit chemin des trois cheminées vers les Waides, ordre a BM de tirer 50 coups.

12H45 Ordre a BM de reprendre le tir sur la batterie de Hoeheberg qui vient de tirer sur B3,
Tir de 25 coups. BM fortement bombardé.
Renseignements à Battice pour tz inf. (réactions en cas d’attaque infanterie).

13H35 Deux coups formidables sur le fort, éclats de béton dans le bureau de tir, réparations pour permettre écoulement poches d’eau (tricosau).
Bombardement intense de B1, ordre de se tenir à l’étage inférieur.

14H10 Cloches N et B du bloc C3 soumises au tir de MI venant du cimetière et des glacis.
Bombardement cesse, tout le monde à son poste, menace d’assaut.
Tir de BM sur glaci III-I, 100 coups en direction et en profondeur, battre tous les glacis.
Tir de B1 sur cimetière et fond des abords du P, 50 coups.

14H15 Bombardement reprend mais plus espacé sur le B3, cloche nord battue par MI, des balles pénètrent dans la cloche.

Rogister sera blessé à la figure par l’éclatement de la lunette de la mitrailleuse.

14H25 B3 signale batterie en action en 250300-155600, tir de 50 coups de BM sur batterie.

14H38 C2 violemment attaqué par infanterie, défense par grenades.
B2 tire 50 boites à balles en protection du bloc C2.
Tout l’armement du C2 est en action, 47, MI, FM et grenades.
Bloc C3 signale que un peu partout sur les glacis il y a des nids de MI dans les entonnoirs.
B2 signale impossibilité de tenir dans les cloches tant le bombardement OR est violent.
Ordre à BM de tirer 100 coups sur chaque front en série et en profondeur.
Un coup est violemment ressenti dans la galerie du B1 vers C2.
B3 signale que fumigènes explosent sur lui, MI ennemies sur glacis.

14H55 Tentative d’escalade par échelles dans les fossés II et III vers C2.
Tir des casemates avec 47, MI et FM. B1 tire 100 boites à balles.
Assaut de toute part, C’est le 22° assaut depuis le début du siège
L’ennemi est repoussé.

Témoignage du Lt. Luyssen :
Après un violent bombardement, l’ennemi se lance à l’assaut de toute part, l’infanterie ennemie attaque avec un entrain incroyable qui force l’admiration, l’ennemi arrive jusqu’aux fossés, tout l’armement est en action. Le tir du fort fait des ravages, à peine un assaut est-il repoussé qu’un autre recommence, ceci à 21 reprises.
Au total durant le siège, le fort subira 24 assauts d’infanterie.
Les allemands attaquent en rangs serrés, torses nus, armes au poing et grenades aux bottes, il en tombe à n’en plus finir, d’autres les remplacent.
Des camions avec drapeaux blancs viennent les ramasser, ils reviennent
à l’assaut en vue de s’approcher des fossés, l’ennemi est chaque fois repoussé avec des pertes énormes .

14H56 Message à Battice pour assistance tz inf, Battice tire avec 120 et 75 sur Neufchâteau.
Bloc C2 est éventré, coups percent le local du phare et explosent dans la casemate tuant le soldat Straetmans et blessant grièvement le brigadier Denis.
Deux coups d ‘embrasure sur le 47.

Témoignage du Mdl. Lorent Jean, chef du C2 avec le Mdl. Bertholet :
Tirs très volent de l’ennemi sur le fort et le C2, un soldat du coffre MI (front II, III) à signalé des ennemis descendus dans le fossé et passant le long du mur du C2, probablement descendus dans l’angle formant C2 et contre-escarpe.
J’ai demandé au bureau de tir de renouveler les tirs d’appui qu’il m’avait donné auparavant, le Cdt. m’a répondu que ce n’était pas possible à ce moment.
Toutes les armes du front II, III étaient en action.
Une explosion c’est alors produite dans chacune des quatre embrasures.
Le soldat Straetmans à été tué au FM et le brigadier Denis mortellement blessé par le souffle au canon de 47, je ne me souviens pas si le canon a été refoulé dans la casemate.
Le bâtiment était rempli de poussières, de fumées et de débris, les portes étaient démolies, nous avons évacué le bloc.
Au moment où je descendais l’escalier, j’ai rencontré le lieutenant Luyssen et le Mdl. Dechesne qui montaient et venaient voir ce qui se passait au bloc.
Je suis remonté peu de temps après et ai rencontré dans l’escalier le Lt. Luyssen qui descendait Denis en le portant, j’ai demandé si on ne pouvait pas enlever Straetmans, le Mdl Duchesne m’a dit que c’était inutile, qu’il était mort, de plus c’était trop dangereux à cause des tirs ennemis sur le bloc.
Suite 14H56 :
Au bureau de tir le Cdt. m’a donné l’ordre de réoccuper mon bâtiment, je suis allé avec un homme au pied du puit où se trouvaient le LT. Modave et le LT. Luyssen.
Des déflagrations se produisaient toujours dans le bloc, le Lt. Luyssen à fait commencer la mise en place d’un barrage de poutrelles dans le sas de la galerie et après avoir consulté le Cdt, a décidé d’abandonner le C2.
Les charges de TNT ont été placées et le Lt. Modave m’a envoyé à la caserne, le brigadier Denis est mort le lendemain à l’infirmerie.
Hollart Joseph, servant du FM et également du 47 faisait partie de l’équipe de repos lors de l’attaque de C2.

Témoignage du Lt. Luyssen, officier de tir :
Le Cdt. m’a envoyé au bloc, au pied de l’escalier j’ai rencontré l’équipe du C2 commandée par le Mdl. Lorent.
Je lui ai demandé qui lui avait permis de quitter son ouvrage, il a répondu que des explosions s’étaient produites dans sa casemate.
Je lui ai demandé s’il avait son personnel au complet, il a compté et a constaté deux manquants. Je lui ai demandé s’ils étaient morts ou blessés, il m’a répondu qu’il n’en savait rien.
Voulant donc leur montrer l’exemple, je leur ai dit que j’irais voir seul puisque eux étaient trop timides !
Un soldat milicien m’a dit que j’avais raison et qu’il me suivrait.
Arrivé en haut de l’escalier, j’ai trouvé le brigadier Denis allongé immobile sur le palier, comme il avait toute sa connaissance, je lui ai demandé pourquoi il restait là !
Il me répondit qu’il ne savait plus bouger, après m’être assuré qu’il n’avait aucun membre brisé, je suis allé voir dans la casemate du 47.
Le canon avait été expulsé de son alvéole et était couché sur le flanc, le corps du soldat Straetman se trouvait derrière le canon et avait le crâne défoncé.
Des détonations continuaient autour du bloc, jugeant qu’il était inutile de rester là étant donné que je savais ce qu’étaient devenus les deux manquants, je reviens vers Denis et demandai au soldat qui m’avait accompagné de hisser le brigadier sur mon dos.
Arrivé au bas de la cage de la casemate, j’ai remis le blessé aux mains de l’infirmier qui était accouru.
Au moment où nous sortons du sas d’entrée du puit de la casemate, une formidable explosion retentit nous entourant d’un épais nuage de poussières.
Je refermai précipitamment la porte du sas et du arrêter le nouveau mouvement de panique qui se produisait dans l’équipe du C2.
Ne sachant pas ce qui s’était passé de l’autre côté du sas, j’ordonnai à tout hasard le port du masque. Après avoir ouvert la porte du sas, le nuage de poussières s’était déjà fortement dilué, ce qui nous permit de voir l’enfilade du couloir B2-C2.
J’ai appris par la suite que c’était le mur de contre-escarpe qui avait été touché par une bombe, le mur s’était abattu devant B2.

Suite 14H56 :
Je rendis compte au Cdt. qui décida que le coffre de contre-escarpe C2 n’avait plus de raisons d’être vu que son armement était démoli, il ordonna sa destruction par sautage au Mdl. Idon.

Propos informels du Cdt D’Ardenne :
Embrasure du phare malmenée par coups répétitifs de 88mm, lunette du canon emportée, les coups suivant refoulent le canon dans la casemate tuant un servant, le tir ennemi continue et les coups explosent dans la casemate, ensuite des grenades sont lancées et explosent dans la casemate, le blessé est évacué, l’ennemi occupe le bloc avant l’explosion de celui-ci. Le bloc saute, la voûte est fendue jusque dans le sas, l’explosion ne s’est pas ressentie dans la caserne.
Le bloc B3 observe des fumées sortant du C2 suite à l’explosion, le manque de flanquement du C2 permet à l’ennemi de prendre pied sur le massif.

En 1946, des anciens de Battice trouvent des ossements lors du dégagement du puit du C2, ces ossements appartenaient à plusieurs personnes, donc les allemands étaient dans le bloc, il est probable que les tués et blessés dans la casemate au dessus de l’effondrement ont été récupérés par l’ennemi, plusieurs objets des deux camps ont été récupérés sous l’effondrement. Le FM de droite, la carabine du soldat Straetmans, des obus de 47mm et divers objets ont été récupérés dans cette casemate et sont exposés au musée, le FM était cassé et refoulé dans la casemate, le canon du FM était toujours dans l’embrasure.

Témoignage informel du Cdt d’Ardenne :
Avant que le canon du C2 ne soit refoulé dans la casemate, une bombe a explosé devant le bloc, j’ignore si elle est la cause du désastre.
Après l’assaut de 14H55 l’artillerie ouvre le feu, coups direct de 88 sur phare et 47 qui est refoulé, médecin Maréchal, infirmier et abbé Boulanger (Waterloos ?) aident à descendre les victimes.
Explosions se succèdent dans la casemate, le Lt. Modave fait évacuer pendant que le Lt. Luyssen défend le trou béant du 47 à la grenade.
Les allemands attaquent le bloc à la grenade et au lance-flammes, les défenseurs sont en bas de l’escalier et entendent les allemands descendre les marches, 280 kilos d’explosifs font sauter le bloc.
Après destruction du C2, trois divisions attaquent les fossés, une autre attaque les entrées et le massif qui est occupé par l’ennemi.
Les coupoles sont attaquées par mines et lance-flammes.
Battice intervient, 600 survivants allemands se retirent.

Un autre écrit du Cdt. stipule que le Lt. Luyssen retient les allemands à la grenade avant de descendre Denis, durant cette période le docteur Maréchal constate la mort de Straetmans, colonne vertébrale sectionnée.
Il est précisé que la casemate a reçu un coup de plein fouet dans l’embrasure du phare.
Le Lt. Modave entend les allemands descendre l’escalier avant que le bloc ne saute.
Un témoignage inconnu fait au Cdt. dit que lors des fouilles il a été prouvé que les allemands n’étaient pas entrés, ce qui est contredit par plusieurs autres versions, ce témoignage est probablement d’origine allemande.

Le commandant précise :
Peu après la chute du bloc un assaut a été lancé sur le massif, Battice tire à contre-batterie mais l’ennemi déplace ses pièces, nombreux appels à l’aide à Battice dans l’après-midi, il tire de toutes ses coupoles sur Neufchâteau (120 et 75), 500 obus seront tirés, vers 19HOO seule une pièce de 75 de Battice peut encore couvrir neufchâteau.
Le commandant ajoute que le lieutenant Luyssen malgré l’attaque du C2 au lance-flamme et grenades, défend l’ouverture béante à la grenade, après son évacuation, le bloc sera occupé par l’ennemi.
Une tentative de reprendre le bloc faite par le lieutenant Modave se soldera par un échec, l’ennemi occupant la casemate et contrôlant l’escalier.
Après destruction de ce bloc, l’ennemi attaque de partout, défenses bloquées par lance-flammes, cloches aveuglées, appel à Battice qui tire sur le fort forçant l’ennemi à se retirer.
Le compte rendu de cette attaque a été relaté dans le « kriegstelle n° 4 »

15H23 Bloc B1 signale que matériel commence à laisser à désirer, ennuis avec coins qui calent.
Ordre à B1 d’exécuter tirs fusant sur glacis, 50 coups.
Bloc P signale subir tir de petits calibres et grenades, 25 coups de tir protection par B1.
B3 signale cloche 32 hors service, tout est démoli, coup d’embrasure, MI hors service, balles entrent par la fenêtre de visée.
Assaut d’infanterie signalé à Battice (tg. Inf.). Demandons tir fusant bas avec 120 mm et percutant avec 75mm si possible.
C1 signale échelles dans fossé III, tir des MI, ennemi utilise fumigènes. Tir série en protection sur front I, III, fusant par B1 et tir BM de 100 coups sur glacis.
Ennemi accède au massif, tir des 47 par ricrochet pour atteindre le massif, ordre de tirer sur tout ce qui bouge, compte sera fait plus tard.

15H45 Rassemblement d’infanterie ferme du Sart, tir de 50 coups de B1.
Assaut du bloc P par infanterie, BM tire 75 coups sur bloc P en protection.

16H10 Ennemi sur le bloc C2, B1 tire 25 coups fusant sur le bloc.
Nouvel assaut de toute part, appel à l’aide à Battice (tz. Inf.).
Projectile éclate dans B2 (Beuhen) qui est hors service.

16H30 Ennemi entoure bloc 3 de fumigènes, mine l a grille d’entrée qui est démolie.
Bloc 3 se défend à la grenade, Mdl. Rogister, chef du B3 est blessé.

Témoignage du Mdl. Rogister :
J’étais au corps de garde du FM défendant la poterne d’entrée du bloc, la grille était fermée et le pont éclipsé. Le soldat Stasse était au FM, je profite de l’occasion pour signaler la belle attitude combative de ce soldat qui à tout moment a fait preuve de la plus grande vigilance.
Tout à coup, ce soldat signale un allemand à gauche de la grille lançant un engin explosif malgré le tir du FM. Une forte déflagration s’est ensuite produite, suite à l’effet de souffle les hommes qui m’entouraient ont été précipités contre le mur, j’ai été blessé à l’œil gauche et envoyé à l’infirmerie, je n’ai plus rejoint le bloc, le lieutenant Luyssen m’a remplacé.
A la reddition, une partie de la porte d’entrée était déformée, il n’y a eu des allemands sur le massif que le 20 mai. Les mitrailleuses de cloche ont beaucoup tiré en protection, de nuit aussi. La mitrailleuse tirant vers C2 a le plus donné, en fin de défense les mitrailleuses étaient très usées et ne fonctionnaient plus correctement.

Le brigadier Goffart, spécialiste en matériel précise que une demi porte était ouverte et l’autre étant défoncée n’avait pu être ouverte complètement, le pont était sorti d’environs un mètre suite à l’explosion laissant passage aisé.

16H45 Situation de plus en plus grave.
Coupole B2 hors service.

Le Mdl. Idon, spécialiste du matériel déclare :
Après le bombardement aérien, on ne parvenait plus à lever la coupole qui était incomplètement éclipsée à cause des nombreuses bavures, nous y avons travaillé et sommes parvenus à la dégager, la coupole a pu tirer à nouveau.
Peu après la coupole à encore été calée par des charges creuses mises autour de la calotte.
Malgré toutes les manœuvres nous ne sommes plus parvenus à la dégager, j’ai reçu l’ordre de me préparer à la faire sauter.

Le Mdl. Troupin, chef de la B2 raconte :
Deux charges creuses ont été placée par les pionniers allemands sur la calotte sans causer de dégâts, après chaque explosion de ces charges nous tirions à nouveau à boites à balles, les pionniers se réfugiaient dans un trou d’obus situé dans un angle mort.
Une troisième charge a été placée entre tourelle et voussoirs avant que la tourelle ne soit descendue, la tourelle s’est définitivement bloquée, l’équipage et moi-même avons été brûlés aux mains et au visage, la coupole était remplie de fumées.
16H48 Coupole B1 donne à peine, ses embrasures de cloches se couvrent des projections du bombardement.
Le béton du bloc mortier commence à se fendiller.
Les Stukas attaquent le fort, fortes explosions ressenties, tout est secoué, fuites d’eau aux canalisations du chauffage central.

17H05 Bloc B3 attaqué par mines, se défend à la grenade, le 47 du C1 le couvre de 20 coups.
Ordre au lieutenant Luysen d’assurer la défense du bloc 3 à outrance.
Ordre au lieutenant Everard d’assurer la défense du bloc P à outrance.

17H25 Ennemi pénètre dans le bloc C2 malgré les tirs de protection de B1 de 50 coups.
Appui (tz. Inf.) est demandé à Battice, les 75 de Neufchâteau tirent très lentement, ils sont épuisés, les freins ne donnent plus.

18H00 Le génie avec le Cdt, lieutenant Radoux, adjudant Idon fait sauter le bloc C2 dont la réparation est impossible, ceci, en accord avec le conseil de défense du fort.
280 kilos de tolite sont mis en place dans les fourneaux à mines, le fond du fort est évacué dans la caserne souterraine sous les ordres du capitaine Lannoy.
Il est à préciser que l’ennemi avait prit pied dans le bloc avant qu’il n’explose.

Témoignage du Mdl. Idon, spécialiste du matériel :
Le canon du C2 a été refoulé dans la casemate, le Cdt. m’a donné l’ordre de faire sauter le bloc, pendant que je minais le bloc, j’entendais les allemands à l’étage supérieur.
Les charges ont été placées dans la chambre préparée au pied de l’escalier et ont sauté.
Le barrage de poutrelles était en place.

19H50 Prévenu Battice que le bloc C2 est explosé après occupation par l’ennemi.
Plusieurs assauts repoussés sous les ordres du lieutenant Modave après bombardement intensif, merci à Battice, ceci, avec la plus grande émotion pour appui efficace donné par votre artillerie pendant ces assauts.

22H00 Situation plus calme, mouvements de groupes de combat ennemis soumis au feu de nos MI.
BM toujours en état. Lt. Modave demande réparation d’un volet de ventilation qui sera réalisé par Adj. Idon.
Résumé de la situation de Neufchâteau à Battice.
Battice donne un résumé de sa propre situation et demande le poids des charges utilisées pour la destruction du bloc C2, renseignements envoyés.

Culots d’obus de 150 et 220 trouvés dans les environs du fort, ainsi que celui d’un 305 probablement tiré de la voie ferrée.

23H00 Tir en série des mortiers en protection, en profondeur et en direction de 100 coups.
Ordre à chaque chef de bloc de donner situation en munitions d’artillerie tirées d’initiative. du bloc.

Résultat :
C1 : 28 OEA 70 OR
C2 : 00 OEA 140 OR (répartis sur autres blocs)
C3 : 77 OEA 112 OR

Remise en ordre du fort et félicitation au personnel avec distribution à la cantine.

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